Je fais un théâtre d’univers, de poésie et de parole. Je ne cherche ni à représenter le réel tel quel ni à construire des formes explicatives.
Je cherche à faire apparaître un monde intérieur, au plus juste de sa nature humaine. Dans mon théâtre, la parole procède par vagues, par reprises, par évocations et martèlements. Elle est la forme sonore du corps, son prolongement.
Le plateau est un espace de circulation, traversé par le mystère, le son et la transcendance.Les corps y sont engagés, mais toujours au bord de la chute et de l’abandon.
Je travaille depuis des lieux de marge, là où les corps sont exposés, usés, relégués.
C’est depuis ces espaces que peut surgir une parole essentielle et vraie. Je cherche la friction du réel, la coexistence du brutal et du poétique dans la vérité.
Je travaille des formes de bascule, des moments où les fictions tombent, où l’espoir disparaît pour rendre visible, le temps d’un instant, le monde inconnu. C’est par l’effondrement que peut peut-être apparaître la beauté, la vérité, et l’amour.
En 2026, Léo Betti refonde la Compagnie Songe Damassé (anciennement Nysos Théatre), dédiée à la création théâtrale contemporaine.
La compagnie développe un travail centré sur le corps, la langue et le rythme, dans des formes non naturalistes où parole, mouvement et musique sont étroitement liés.
Elle s'intéresse aux figures de marge et aux zones de bascule, là où les structures sociales, affectives et symboliques se fissurent. Ce projet prolonge un parcours engagé depuis 2015, associant interprétation, mise en scène et écriture.
Léo Betti met en scène Le Frigo de Copi (2015), Sand et Musset (2016), puis Femmes Abysses (2018, ENSATT). Depuis 2019, il développe une activité d'écriture publiée aux Éditions du Basson (Belgique). La création de la Cie Songe Damassé marque une nouvelle étape : un projet artistique structuré, articulant écriture et mise en scène dans des formes théâtrales exigeantes, physiques et contemporaines.
« Nous avons inventé Dieu. Il faut donc inventer l’amour, sinon nous ne sommes que des bêtes. »
— Martha, p. 19
« Je rêve que quelqu’un arrive. […] Il me regarde. Il me voit. »
— Sam, p. 24–25
« Si nous sommes déjà morts alors dansons, il ne nous reste plus qu’à danser. […] Dansons jusqu’à la fin des temps. Jusqu’au prochain recommencement. »
— Martha, p. 63
J’écris et je mets en scène une pièce de seuil, de fin et de bascule. L’action se situe dans un bordel, un soir de Noël, alors que le monde touche à sa fin. Martha, Sam et Irina attendent les flammes, c’est-à-dire la disparition de tout ce qui tenait encore debout. Représenter une apocalypse spectaculaire n’est pas ici le sujet. L’intention est d’ouvrir un espace où l’effondrement rend possible une vérité nue. La pièce devient alors une traversée du corps, du langage, du désir, de la mémoire, de l’amour et de la mort.
Le bordel agit ici comme un lieu de révélation. Les corps y sont marchandisés, l’intime y est usé, l’émotion y perd toute valeur d’échange. Pourtant, c’est depuis cette marge que surgit la parole la plus essentielle. J’ai voulu une langue physique, organique, pulsée, qui cherche à faire entendre un état intérieur au bord de la rupture. Cette écriture appelle un jeu porté par le son, la musique, le souffle et le mouvement, où les mots prolongent directement les corps.
Je veux construire une forme scénique traversée par l’intensité, la dimension hypnotique sonore et une tension continue entre grâce et brutalité. Le plateau doit devenir un espace de circulation intérieure, où le grotesque, l’obscène, la douceur et l’élan poétique coexistent pleinement. Mon projet est de faire émerger, au cœur même de l’effondrement, une vérité intense de présence et d’amour que seul le théâtre peut rendre sensible.
C’est cette intensité vraie que je veux faire apparaître au plateau.
La scénographie repose sur un choix de dépouillement radical. Je souhaite un plateau nu, sans décor réaliste, afin de laisser toute sa place à l’imaginaire. Il ne s’agit pas d’ouvrir un espace de projection, de tension et de révélation, en accord avec une pièce qui ne cherche jamais à figurer le réel de manière illustrative, mais à en faire surgir la charge symbolique, la violence et la vérité.
Dans cette démarche, la lumière tient une place centrale. Elle ne vient pas simplement éclairer l’action : elle constitue elle-même la scénographie. C’est par elle que l’espace apparaît, se transforme, se fracture, se resserre ou s’ouvre. La lumière dessine les seuils, les zones de présence, les points de bascule, les surgissements et les disparitions. Elle construit le lieu scénique à vue, sans l’enfermer dans une représentation fixe.
Ce travail de la lumière s’élabore en lien étroit avec la création sonore. Lumière et son avancent ensemble, se répondent, se soutiennent et composent un même langage scénique. Leur articulation permet de faire exister l’espace, d’en déplacer la perception, d’en modifier la densité et la tension. Ce sont eux qui installent les climats, les ruptures, les circulations intérieures et qui accompagnent le mouvement du texte vers ses zones de trouble, d’attente, d’effondrement ou de dévoilement.
Le plateau nu permet ainsi de concentrer le regard sur l’essentiel : les corps, la parole, les silences, les humains. Il évite toute illustration anecdotique et tout réalisme superflu. Il expose les interprètes dans un espace instable, traversé par la lumière, le son et la vibration du jeu. Mon intention est de construire une forme où l’espace ne soit jamais décoratif, mais vivant, mouvant, sensible, et où la scénographie, portée par la lumière en dialogue avec le son, devienne le lieu même du surgissement symbolique.
Je poursuis un travail d’écriture et de mise en scène centré sur les corps relégués, les vies en marge et les lieux où la violence sociale devient visible. La pièce se déroule dans un bordel, un soir de Noël, alors que la fin du monde est annoncée. Mon enjeu est de faire surgir ce qu’un espace de marge révèle lorsque les récits sociaux, moraux et affectifs s’effondrent.
Le bordel constitue ici un lieu politique. Il concentre de manière brute la marchandisation des corps, la hiérarchisation des existences, la consommation du désir, l’assignation sociale, la fatigue affective et l’invisibilisation de certaines vies. Martha et Sam appartiennent à l’univers du travail sexuel. Irina surgit depuis l’asile, depuis un autre espace d’exclusion. Sans réduire ces personnages à leur condition, je veux les restituer dans toute leur densité humaine, contradictoire, sensible et poétique.
La pièce pose une question centrale : que devient l’être humain dans un monde où tout est échangeable, tarifé, consommable, et où la reconnaissance réelle de l’autre devient presque impossible ? Le texte oppose l’usage et la rencontre, la consommation et la possibilité d’être vu. Sur le plateau, je veux que les corps marginalisés cessent d’être observés comme objets de jugement ou de fantasme, et deviennent le centre vivant de la perception. Mon intention est de faire entendre, sans didactisme, la violence de la déshumanisation contemporaine, tout en redonnant à ces présences leur beauté, leur opacité et leur puissance politique.
La création sonore constitue un axe central de la mise en scène. Elle agit au cœur même de la dramaturgie. Elle porte la progression de la pièce, soutient sa tension, prépare ses bascules et incarne cette présence invisible qui traverse toute l’écriture : l’approche des flammes, de la fin, d’une destruction à la fois concrète, fantasmatique et métaphysique.
Le spectacle s’ouvre dans une matière sonore encore contenue, presque familière. Le son doit d’abord installer une présence calme, intérieure, légèrement feutrée, peut-être traversée de piano, comme un monde encore stable en apparence. Cette première strate donne au spectateur un point d’ancrage lisible, une réalité presque ordinaire, avant que celle-ci ne commence à se fissurer.
Puis, la création sonore bascule et entre dans le corps profond de la pièce. La musique devient une contamination progressive : une matière électro dense, répétitive, suffocante, travaillée dans la progression plus que dans l’effet. Il s’agit de faire sentir qu’une force s’approche, gagne du terrain, pénètre les corps, dérègle les rythmes et les perceptions. Le son devient alors un quatrième personnage : la fin du monde elle-même, une présence autonome qui entoure Martha, Sam et Irina, et les pousse vers un autre état.
Je souhaite que cette progression agisse physiquement sur le spectateur. Le son doit se ressentir dans le souffle, dans la tension nerveuse, dans la perception du temps. À mesure que la pièce avance, la musique devient le lieu où se rejoignent destruction et transe, suffocation et révélation. Elle accompagne l’approche des flammes, mais surtout ce qu’elles dévoilent : un seuil, une vérité, une intensité ultime.
Formée au théâtre au Studio Muller à Paris, Blandine Dzierzyk a participé à plusieurs projets en tant que comédienne et assistante à la mise en scène tels que Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder, Le Misanthrope de Molière ou encore Lady Macbeth de Shakespeare, développant une approche sensible du jeu et du travail scénique.
Son expérience l'a amenée à s'intéresser particulièrement au soutien de projets artistiques, à la direction d'acteur, au langage corporel et à la dynamique de groupe sur scène. Elle intervient aujourd'hui en France mais aussi à Montréal sur des projets théâtraux en accompagnement à la mise en scène, avec une attention portée à la cohérence artistique, à la justesse du jeu et à la présence des interprètes.
Le projet est actuellement en phase de développement.
Plusieurs temps de résidence sont recherchés afin de mener un travail de plateau approfondi, centré sur le rapport entre corps, musique et parole. La création est envisagée à l'issue de ces temps de recherche, avec une première représentation prévue fin 2026 ou début 2027.La Compagnie Songe Damassé porte le développement, la production et la diffusion de ce projet, avec l'objectif de l'inscrire dans une dynamique à l'échelle régionale et nationale.
Des partenariats sont actuellement en cours de discussion avec des lieux de création et de diffusion.Nous sollicitons une résidence de création afin de disposer d'un plateau et d'un cadre de travail régulier. En échange, nous proposons une restitution ouverte au public du lieu, et sommes ouverts à des actions de médiation selon les besoins du lieu d'accueil.
Elle assure le suivi de production du projet, la coordination des démarches de financement ainsi que la mise en œuvre de la stratégie de communication et de diffusion.
Elle accompagne le développement du projet depuis sa phase de structuration jusqu'à sa mise en circulation.Le spectacle s'inscrit dans une perspective de diffusion en lieux intermédiaires, scènes conventionnées et structures dédiées à la création contemporaine. Il est conçu pour s'adapter à différents types de plateaux, avec une jauge souple (40 à 150 spectateurs).
En lien avec les lieux partenaires, des actions de médiation pourront être proposées : sorties de résidence, rencontres avec le public, répétitions ouvertes, ateliers autour du corps, du texte et du processus de création.
| Plateau | 7 m × 5 m minimum |
| Jauge | 40 spectateurs minimum |
| Son | Système stéréo minimum |
| Lumière | Console DMX, grill technique, 36 circuits, projecteurs |
| Loge | 1 loge pour 3 personnes minimum |
| Montage | 2 jours de montage + 1 jour de filage |
| Équipe en tournée | 3 artistes + 1 régisseur |
| Durée | Environ 1h30, sans entracte |
Budget indicatif, susceptible d'évoluer selon les partenaires et financements obtenus.
Le podcast de Songe damassé constitue le prolongement numérique et sonore de la compagnie et de son travail de création théâtrale. Il ouvre un espace où des formes issues de textes littéraires et de créations théâtrales peuvent être réinventées en version audio, selon une logique propre au son (type pièces radiophoniques). Ce passage au médium phonique permet de leur donner une inscription durable et une forme stable, là où le théâtre demeure, par nature, voué à l'éphémère.